Vue de l’exposition “Resistencia. Perú, 1970-1975”, Galerie SBC, 2021. Photo : Freddy Arciniegas

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Vue de l’exposition “Resistencia. Perú, 1970-1975”, Galerie SBC, 2021. Photo : Freddy Arciniegas

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Vue de l’exposition “Resistencia. Perú, 1970-1975”, Galerie SBC, 2021. Photo : Freddy Arciniegas

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ÉVÉNEMENTS

À PROPOS DE L'EXPOSITION

Rencontres avec l'artiste

Carlos Ferrand Zavala et Zoë Tousignant seront présents dans la galerie pour rencontrer le public:

samedi 11 septembre de 12h à 17h30

samedi 25 septembre de 12h à 17h30 * dans le cadre des Journées de la culture

samedi 16 octobre de 12h à 17h30

 

Soyez les bienvenu.e.s!

* veuillez notez que la capacité maximale de la galerie est limitée à 8 personnes.

Projection en ligne

Nous avons le grand plaisir d'ouvrir au visionnage un des films emblématiques du travail de Carlos Ferrand Zavala: Americano, 110 min, documentaire, Québec, Canada, 2007. Celui-ci sera disponible du 9 septembre jusqu’au 30 septembre (enregistrement sur notre site web). Un grand merci au réalisateur et aux Films du 3 Mars.

Enregistrez ici pour un visionnage gratuit.

Podcast

Carlos Ferrand Zavala et Zoë Tousignant élargiront la conversation autour de l'exposition dans notre deuxième épisode de la série audio SBC. Vous pouvez le retrouver sur notre site web et nos plateformes de médias sociaux. 

​Écoutez l'épisode ici.

 

Publication

Un livre d'artiste sur Cimarrones, le premier film de fiction consacré à la première histoire des Afro-Péruviens, a été réalisé par Carlos Ferrand Zavala spécialement pour cette exposition. Ce livre de 95 pages sera disponible pour consultation à la galerie.

BIO DE L'ARTISTE

Carlos Ferrand Zavala est né au Pérou. De Lima à Bruxelles, passant par Paris et le Vermont, ce sont des années de vagabondage toujours sur le chemin du cinéma. En 1980 il est adopté par le Québec. En plus de cinquante ans de métier, comme scénariste réalisateur Carlos a également collaboré, en tant que directeur de la photographie, à un bon nombre d’œuvres, en documentaire et en fiction. Parmi les films qu’il a réalisés il y a Cimarrones, Americano, 13, un ludodrame sur Walter Benjamin et Jongué, carnet nomade. À travers les années, la photo a été son fidèle et secret compagnon. Il vit à Montréal avec sa famille.

BIO DE LA COMMISSAIRE

Zoë Tousignant est une historienne de la photographie et commissaire basée à Montréal. Ses projets de commissariat indépendants incluent Serge Clément : Archipel (Occurrence, 2018), Marisa Portolese : Belle de Jour III (Galerie FOFA, 2016) et Campeau, Carrière, Clément : Accumulations (Galerie Simon Blais, 2015). Elle a travaillé comme conservatrice adjointe de la photographie au Musée McCord, produisant l’exposition et le livre Gabor Szilasi : le monde de l’art à Montréal, 1960-1980 (2017; 2019). Elle a également travaillé comme conservatrice à Artexte, où elle a monté l’exposition Magazines photographiques canadiens, 1970-1990 (2016). Ses essais ont été publiés dans de nombreux catalogues et monographies, et dans des périodiques tels que Ciel variable, Border Crossings et Canadian Art.

Cette exposition rassemble pour la première fois un corpus de photographies et de films de Carlos Ferrand Zavala produits il y a près de cinquante ans. Né en 1946 à Lima, au Pérou, Ferrand a immigré au Québec à trente-trois ans, où il a poursuivi une carrière en cinéma. Les œuvres présentées dans l’exposition furent produites au Pérou au début des années 1970, lors de la courte période où Ferrand a travaillé comme cinéaste pour le gouvernement socialiste militaire du général Juan Velasco Alvarado. Si certaines ont été réalisées dans le but de faire la promotion de la réforme agraire du gouvernement, d’autres étaient des projets personnels nés du désir de documenter et de reconnaître le vécu quotidien des personnes noires et autochtones du Pérou. Dans leur ensemble, ces photographies et ces films émettent une critique vis-à-vis du racisme systémique et des inégalités sociales du pays natal de Ferrand, à un moment où la promesse de justice sociale faisait partie intégrante des discours politiques, au Pérou comme ailleurs.

 

En 1970, suite à ses études à l’Institut national d’études cinématographiques à Bruxelles, en Belgique, Ferrand est retourné au Pérou, où il a travaillé pour la Reforma Agraria, puis pour la Sistema Nacional de Apoyo a la Movilización Social (SINAMOS). Ces organisations visaient à sensibiliser la population à la réforme agraire, le programme gouvernemental dont la mission était de céder aux masses de travailleurs agricoles la propriété de grandes étendues de terre appartenant à quelques propriétaires nantis, mettant essentiellement fin au système féodal établi depuis la colonisation. En 1970, Ferrand a réalisé un premier court-métrage documentaire sur les travailleurs agricoles établis dans la hacienda de Casa Grande, un domaine appartenant à la famille Rockefeller et dont l’étendue était comparable à la Suisse. Et le 28 avril 1971, il a documenté l’occupation des terres de ce qui deviendra la Villa El Salvador, un modèle révolutionnaire d’auto-gouvernance et de justice sociale. Les photographies qui en découlent, présentées ici dans la série Villa El Salvador, mettent en lumière cette expropriation historique par ses scènes célébratoires et par la construction astucieuse de logements dans ce district en rapide développement.

 

La même année, ressentant une contradiction profonde entre ses nouveaux projets et son statut social privilégié (sa famille étant l’une des plus aisées au Pérou), Ferrand quitta son domicile familial pour s’établir dans un bidonville de Chorrillos, sur la côte de Lima. Pendant les deux années qui ont suivi, il y partagea une maison avec les Rojas, une famille autochtone d’origine Quechua avec laquelle il s’est lié d’amitié et dont il photographiait le quotidien à l’occasion. Une sélection de ce corpus d’images, intitulé La familia Rojas, fut publiée dans un livre photographique par le poète Pablo Vitali, accompagnée de coupures des principaux journaux et magazines de Lima. Conçu comme une critique poignante de l’ignorance des conditions de vie des classes sociales défavorisées par la classe dominante, le livre Occidental y cristiano met en contraste la simplicité des vies des Rojas et la superficialité du mode de vie bourgeois.

 

Le travail de Ferrand pour la SINAMOS et la réforme agraire lui ont offert l’opportunité de voyager à travers le pays et de mieux connaître la diversité de ses peuples et de leurs histoires culturelles. Nombreux sont les films qu’il a produits durant cette période (dont quatre sont présentés dans l’exposition) qui reflètent une prise de conscience face à la complexité et à la richesse des cultures autochtones – une position qu’il conservera tout au long de sa carrière. En tant que documents visuels, ces films étaient novateurs au début des années 1970, pour leur simple inclusion de personnes noires et autochtones au Pérou en tant que sujets dignes d’être représentés. Cimarrones, que Ferrand a tourné en 1975 et complété à Montréal en 1982, grâce au soutien de l’Office national du film du Canada, était – et demeure à ce jour – l’unique film de fiction qui se penche sur l’histoire des Afro-Péruviens. Écrit en collaboration avec le poète Enrique Verástegui et basé sur des documents d’archives, le récit s’inspire du genre Western en mettant en scène la libération d’esclaves africains par une bande de Cimarrones, des évadés rebelles vivant désormais en liberté. 

 

Sur une période de près de cinquante ans, ces photographies et ces films sont demeurés dans l’obscurité. Plusieurs facteurs expliquent cette mise en veille forcée : d’abord, le renversement de Velasco à la tête du gouvernement a été accompagné par la répudiation généralisée de tout ce qui pouvait être moindrement associé à la révolution. L’exil de Ferrand au Québec pourrait aussi avoir contribué à cette absence, bien que pour ce dernier, ce phénomène s’explique principalement par la persistance de l’idéologie raciale, au Pérou et ailleurs. En 2011, l’intérêt pour les premiers travaux de Ferrand a été ravivé par l’inclusion du livre Occidental y cristiano au sein de l’anthologie Les livres de photographie d’Amérique Latine, publiée par l’historien de la photographie espagnol Horacio Fernández. Par la suite, le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid a fait en 2018 l’acquisition des séries photographiques La familia Rojas et Villa El Salvador (cette dernière est présentement exposée dans la collection permanente du musée). Les films de Ferrand gagnent aussi un nouvel intérêt, en particulier Cimarrones, qui fut présenté à quelques reprises récemment, dont en juin 2020 dans le cadre du Mois de la culture afro-péruvienne à El Lugar de la Memoria, la Tolerancia y la Inclusión Social (LUM), à Lima, puis en janvier 2021 à travers la plateforme web montréalaise Chaska Films.

 

Cette exposition contribue à la réappréciation et à la réinterprétation de ce corpus d’œuvres, d’autant plus qu’elle permet d’initier une conversation sur le sens que prend sa diffusion dans le contexte actuel. Quelles conditions ont soumis ces documents à demeurer invisibles pendant si longtemps ? De quelle façon leur relecture contemporaine change-t-elle leur sens ? Comment leur présentation dans ce lieu affecte-t-elle notre conception des histoires de la photographie et du cinéma au Québec ? Comment la portée de ces réalisations vient trouver un nouvel écho dans l’histoire et la représentation des personnes noires et autochtones au Québec ? À l’instar du travail de Ferrand, ces interrogations nous offrent l’occasion de poursuivre cette riche discussion.

Texte écrit par la commissaire, Zoë Tousignant