Image tirée du film Cimarrones, réalisé par Carlos Ferrand (1973 [1982], Pérou, 28 minutes, film noir et blanc 35 mm).

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Carlos Ferrand, Señora Rojas, tirée de la série Occidental y cristiano, 1973, négatif argentique 35 mm

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Image tirée du film Mecánicos piratas, réalisé par Carlos Ferrand (1973, Pérou, 21 minutes, film noir et blanc 8 mm).

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Image tirée du film Cimarrones, réalisé par Carlos Ferrand (1973 [1982], Pérou, 28 minutes, film noir et blanc 35 mm).

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ÉVÉNEMENTS

Rencontres avec l'artiste

Malena Szlam sera présente dans la galerie pour rencontrer le publique:

samedi 10 juillet de 12h à 17h

samedi 14 août de 12h à 17h

 

Soyez les bienvenu.e.s!

* veuillez notez que la capacité maximale de la galerie est limitée à 4 personnes.

BIO

Malena Szlam est une artiste et cinéaste chilienne établie à Tiohtià:ke/Montréal. À travers le cinéma, la performance et l’installation, elle s’intéresse aux relations entre la pratique cinématographique, la notion d’embodiment, la temporalité et la perception. Par une attention portée sur les propriétés affectives de procédés analogiques de l’image en mouvement, le travail de Szlam donne forme à des approximations cinétiques et lyriques du monde naturel.

 

Ses projets ont été présentés dans le cadre de festivals reconnus, dont Wavelengths au Toronto International Film Festival (TIFF), au New Directors/New Films présenté au MoMA et au Lincoln Center, au Media City Film Festival, au International Film Festival Rotterdam, au Edinburgh International Festival, ainsi qu’au CPH:DOX. Son plus récent film, ALTIPLANO, a remporté plusieurs prix, dont le 25 FPS Grand Prix, le Melbourne International Film Festival’s Best Experimental Short Film, et le Canada’s Top Ten 2018 du TIFF.

 

Ses plus récentes expositions collectives incluent Time Machine, au Palazzo del Governatore (Italie); Expanded Plus: Utopian Phantom, au Factory of Contemporary Arts Palbok (Corée du Sud); et The Moon: From Inner Worlds to Outer Space, au Louisiana Museum of Modern Art (Danemark). Inexistent Time, sa première rétrospective, a été présentée au Los Angeles Filmforum. Ses dernières projections individuelles ont été présentées à la San Francisco Cinematheque, au Cornell Cinema et au FICValdivia.

 

Szlam est détentrice d’un baccalauréat en arts visuels de l’University of Arts and Social Sciences (ARCIS) de Santiago et d’une maîtrise en Cinéma à l’Université Concordia de Montréal. Elle a été co-directrice de la salle de projection CinemaSpace au Centre Segal et est membre active du collectif artistique Double Negative, voué à la production et à la présentation du cinéma expérimental.

DÉMARCHE ARTISTIQUE

Le film analogue est au cœur de la pratique artistique de Malena Szlam, se manifestant à travers le cinéma, la performance et l'installation. Szlam s'intéresse au développement d'une esthétique qui s'inspire de l'art visuel tout en répondant à la tradition de l'art de l'image en mouvement et du cinéma expérimental. Élargissant le langage du film et engageant les dimensions matérielles du médium, elle explore les relations entre le monde naturel, la perception incarnée et les procédures intuitives. Plus récemment, son travail se penche dans la géologie et les sciences de la terre, dans la volcanologie et l'écorce terrestre.

 

La pratique cinématographique de Szlam a évolué de manière organique à partir de son travail en photographie et en sculpture. Elle aborde tous les aspects du processus cinématographique, de la recherche et du tournage au développement et au montage, chaque phase ouvrant de nouvelles formes d'expérimentation. Alors que la plupart de ses films sont muets, ses œuvres récentes incluent des paysages sonores d'enregistrements de terrain et d'infrasons créés en collaboration avec des artistes du son et des scientifiques. Réfléchissant aux dimensions spatio-temporelles des images fixes et animées, ses films 35 mm, 16 mm et Super 8 mm observent des phénomènes naturels et leur lien avec les actes de vision et d'écoute en tant qu'expériences sensorielles uniques. Lors du tournage, Szlam recherche des connexions latentes entre ses observations et le moment présent pour composer des séquences rythmiques en utilisant le montage à huis clos et la photographie image par image. L'aléatoire et le performatif sont au cœur de sa pratique artistique. Dans sa pratique de création, les images évoluent à travers un processus d'échange pérenne et improvisé entre l'imaginaire et la surface du film.

À PROPOS DE L'EXPOSITION

Texte écrit par Gwynne Fulton

La multiplicité des luttes menées à l’échelle mondiale pour la reconstitution d’espaces communautaires et vers un contact renouvelé avec la nature donne forme à des mobilisations politiques qui défendent le tissu relationnel de la vie”, écrit l’anthropologue colombien Arturo Escobar. Nous observons ces luttes à travers les prétendues “Amériques” — ces continents constitués par l’entremêlement d’histoires coloniales, de conquêtes et de pillages génocidaires — des pinèdes de Kanehsatà:ke au Québec jusqu’aux plaines salées d’Atacama, au nord du Chili, en Argentine et en Bolivie, où les peuples Atacamas Lickan-antay luttent pour leurs territoires, leur modes de vie et leurs savoirs ancestraux. Ces efforts de résistance demandent une approche expérimentale de la construction du monde (ou worlding) et une mise en commun des savoirs, mais également des langages esthétiques, qu’ils soient cinématographiques ou autres.

 

Faisant du préfixe “infra-”, du Latin signifiant “en dessous de”, le titre de sa première exposition solo canadienne en galerie, Malena Szlam développe une poétique du monde matériel en transmutation sous le seuil de la perception humaine. Le travail rassemblé dans l’exposition Infra— compile une série de témoignages de phénomènes naturels par des processus analogiques. La géopoétique cinématographique de l’artiste explore les relations humaines et extra-humaines avec la terre, ou ce que les Atacamas nomment Pachamama. Le travail de Szlam s’harmonise à la turbulence souterraine. En prêtant attention aux rythmes terrestres et à leurs grondements, les images de l’artiste s’accordent au signaux sismiques et au courants en fusion provenant du ventre des volcans. Traduisant ces dialogues enfouis, ses images rendent palpables les scintillements du monde souterrain, qu’Escobar, s’inspirant des cosmovisions des pays andins, nomme “el monde de abajo”, ou infra-monde.

 

Par des saccades agitées, une caméra poursuit les formes irrégulières d’un monde-désert ancestral. Les images palpitent au rythme de la vitalité céleste de mondes oniriques. D’une beauté époustouflante autant qu’elles sont marquées d’une violence écologique, ontologique et politique, les images de terre et de ciel de Szlam sont le reflet d'un présent hanté par l’absence et l’omission — au temps lunaire et à ses cultures vernaculaires de narration, ainsi que des incessantes histoires coloniales d'extractivisme du désert.

 

Lyrique, élargi, incarné, féministe, phénoménologique : le travail de Szlam s’inscrit au sein de ces lignées avant-gardistes du cinéma expérimental, mais aussi dans un cadre ancré dans le mouvement décolonial de l’Amérique latine. En rupture avec l’esthétique traditionnellement déterminée par les canons occidentaux (concept issu du Grec ancien aesthesis), l’esthétique décoloniale de l’Amérique latine use d’un tout autre registre de modes de perception et de relation aux mondes non-humains. S’inspirant du réalisme magique et de l’espace-temps des contrastes propres au ukhu pacha — entrailles telluriques invisibles dont les “yeux” sont les grottes, les volcans et les mines —, les films de Szlam donnent place à des modes syncrétiques d’organisation des spectres visuel et sonore situés en deçà du seuil de perception humaine. Szlam fait sienne l’aesthesis de l’infra-.

 

L’argent occupe un rôle déterminant au sein de l’infra-esthétique de Szlam, qui relie entre elles les compagnies minières canadiennes aux montagnes rougeâtres et poussiéreuses d’argent, de lithium et de minéraux dispersés sur le sol des Andes, jusqu’aux usines Kodak situées en sol américain : de la pellicule aux semi-conducteurs, des écrans tactiles aux formes de travail (humain et plus qu’humain) qui assurent le cycle de production du capital. Szlam part à la rencontre du “monde naturel”, bien que ce dernier se distingue de la “Nature” telle que l’instrumentalisation scientifique la définit en tant que ressource lorsqu’elle associe le monde souterrain minéral aux marchés mondiaux. Par la réimagination du monde non-humain, la nature est ainsi douée de sensations. Ainsi, l’argent a peut-être une esthétique et un mode de perception qui lui sont propres. Cette même matière minérale extraite des mines andines circule à travers un réseau global d’échanges pour finalement être posée sur le celluloïd, chaire des mondes cinématographiques, puis pour être brûlée à nouveau par les rayons argentés de la lune, ou pour révéler l’état misérable de la terre. Médium ambivalent qu’est le film : à la fois témoin matériel hallucinatoire et agent du capitalisme global qui s’abreuve avidement à même les veines ouvertes de l’Amérique latine.

 

Sans échapper au rôle de complice, la géopoétique de Szlam explore nos modes de relation au monde non-humain. La Lune s’anime frénétiquement sur l’écran, transgressant la linéarité avec laquelle la pensée occidentale tente de régir le temps. Les espaces et les temps s’entrechoquent, traçant de nouveaux sillons pour l’imagination et l’agentivité. Le silence se remplit d’un bruit infrasonore. Le présent est occupé de mondes passés et futurs, rompant avec le “cycle infernal” que Fanon nomme la “temporalité coloniale”. En parcourant ce corpus couvrant près de vingt ans de pratique et une gamme vertigineuse de procédés analogiques, on saisit que cet entremêlement syncrétique de mondes sensibles se rallie à la défense du tissu relationnel de la vie.

Gwynne Fulton est une théoricienne et une commissaire indépendante basée entre Tio'tia:ke/Montréal et Bogota. Ses recherches interdisciplinaires portent sur la visibilité et la violence dans la pensée critique et l'art contemporain. Elle détient un doctorat en philosophie et en histoire de l'art de l'Université Concordia, où elle est actuellement chercheuse postdoctorale. Elle est collaboratrice de la Slought Foundation à Philadelphie. Ses écrits sont parus dans esse, Mosaic, In/Visible Culture et les éditions Dazibao.